Confirmation

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J'ai paniqué, j'ai cherché le regard de mes grands-parents. J'avais besoin d'eux, de leur bienveillance, de leur amour inconditionnel. Je suis la douzième à passer en partant de la gauche et la quatrième en partant de la droite. C'est Gabrielle qui a ouvert le bal. J’étais donc la douzième. Les textes sont courts, ça va très vite. Plus que sept personnes devant moi. Le trac monte. Je me suis bien préparée pourtant, je connais mon texte par cœur. Je l'ai déjà récité des milliers de fois devant mon miroir. Je m'accroche au regard de mes grands-parents. Toute ma famille est là sauf ma mère. Ma mère ne croit pas en toutes ces “bondieuseries.” “De toute manière, Dieu, ça fait bien longtemps qu'il m'a abandonnée.” Qu'est-ce que ça peut m'énerver quand elle dit des bêtises pareilles ! Dieu n'abandonne personne, tout le monde le sait. Mais je ne voulais pas y penser aujourd'hui, tout était parfait. Je devais accomplir mon destin. 

Plus que six personnes avant moi. J'ai déjà pardonné à ma mère son absence et je m'en félicite. Mais attention, pas d'orgueil, c'est un péché. Je me sens déjà un peu mieux. 

Plus que cinq personnes devant moi. Il y a un peu d'agitation au fond de l'église. Quelqu'un frappe ou plutôt tambourine à la grande porte. La cérémonie continue. 

Plus que quatre personnes. Ça tambourine de plus belle. Le père Thyrion parle plus fort et nous fait signe de faire de même. 

Plus que trois personnes. Un enfant de cœur murmure quelques mots à l'oreille du Père. Il hoche la tête, fait un signe de la main et les deux énormes portes de l'église s'ouvrent très lentement, très très lentement, en grinçant. La cérémonie est suspendue. L'Assemblée est suspendue. Je suis suspendue. 

Plus que deux personnes. Apparaît alors ma mère, déguisée en indienne. Elle remonte fièrement l'allée centrale, telle une jeune vierge sur le point de prêter serment devant le Tout-Puissant. Elle a deux longues tresses avec des plumes, des traits rouges et verts sur les joues, un trait jaune sur le front et une mini-robe à franges. Elle rejoint le reste du clan familial. 

Plus qu'une personne. Autour de l'autel, tout le monde se demande qui est cette femme. La question arrive à mes oreilles. Je réponds en bafouillant : “Je ne sais pas, moi, je ne la connais pas.” 

Je ne la connais pas. Je ne la connais pas. Je ne la connais pas… Ces mots résonnent dans ma poitrine, dans ma gorge. Comment ai-je pu dire cela ? Le couperet tombe. Je suis folle de rage. Je ne suis pas digne de l'amour de Dieu. Comme Pierre, j'ai renié. J'ai le souffle court. Je peux à peine respirer. C'est à mon tour de confirmer ma foi. Je récite mes quelques mots sans grande conviction, les larmes aux yeux. Elle ne respectera donc jamais rien. 

J'ai paniqué, j'ai cherché le regard de mes grands-parents. J'avais besoin d'eux, de leur bienveillance, de leur amour inconditionnel. Je suis la douzième à passer en partant de la gauche et la quatrième en partant de la droite. C'est Gabrielle qui a ouvert le bal. J’étais donc la douzième. Les textes sont courts, ça va très vite. Plus que sept personnes devant moi. Le trac monte. Je me suis bien préparée pourtant, je connais mon texte par cœur. Je l'ai déjà récité des milliers de fois devant mon miroir. Je m'accroche au regard de mes grands-parents. Toute ma famille est là sauf ma mère. Ma mère ne croit pas en toutes ces “bondieuseries.” “De toute manière, Dieu, ça fait bien longtemps qu'il m'a abandonnée.” Qu'est-ce que ça peut m'énerver quand elle dit des bêtises pareilles ! Dieu n'abandonne personne, tout le monde le sait. Mais je ne voulais pas y penser aujourd'hui, tout était parfait. Je devais accomplir mon destin. 

Plus que six personnes avant moi. J'ai déjà pardonné à ma mère son absence et je m'en félicite. Mais attention, pas d'orgueil, c'est un péché. Je me sens déjà un peu mieux. 

Plus que cinq personnes devant moi. Il y a un peu d'agitation au fond de l'église. Quelqu'un frappe ou plutôt tambourine à la grande porte. La cérémonie continue. 

Plus que quatre personnes. Ça tambourine de plus belle. Le père Thyrion parle plus fort et nous fait signe de faire de même. 

Plus que trois personnes. Un enfant de cœur murmure quelques mots à l'oreille du Père. Il hoche la tête, fait un signe de la main et les deux énormes portes de l'église s'ouvrent très lentement, très très lentement, en grinçant. La cérémonie est suspendue. L'Assemblée est suspendue. Je suis suspendue. 

Plus que deux personnes. Apparaît alors ma mère, déguisée en indienne. Elle remonte fièrement l'allée centrale, telle une jeune vierge sur le point de prêter serment devant le Tout-Puissant. Elle a deux longues tresses avec des plumes, des traits rouges et verts sur les joues, un trait jaune sur le front et une mini-robe à franges. Elle rejoint le reste du clan familial. 

Plus qu'une personne. Autour de l'autel, tout le monde se demande qui est cette femme. La question arrive à mes oreilles. Je réponds en bafouillant : “Je ne sais pas, moi, je ne la connais pas.” 

Je ne la connais pas. Je ne la connais pas. Je ne la connais pas… Ces mots résonnent dans ma poitrine, dans ma gorge. Comment ai-je pu dire cela ? Le couperet tombe. Je suis folle de rage. Je ne suis pas digne de l'amour de Dieu. Comme Pierre, j'ai renié. J'ai le souffle court. Je peux à peine respirer. C'est à mon tour de confirmer ma foi. Je récite mes quelques mots sans grande conviction, les larmes aux yeux. Elle ne respectera donc jamais rien.